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[ 26 Octobre 2009 - Article - Chaud à l’intérieur, vert à l’extérieur ]

Chaud à l’intérieur, vert à l’extérieur

MICHEL DE MUELENAERE - lundi 26 octobre 2009 - Le Soir

 

SANS ÊTRE bricoleur de génie ou richissime, on peut améliorer sa maison. Bon pour le portefeuille et pour l’environnement.

 

Chaud à l’intérieur, vert à l’extérieur

 

Nos maisons et nos appartements sont des mines d’économies. Commencez par isoler.

 

Lesve. Un vent frais balaye le terrain de rugby de ce petit village de l’entité de Profondeville, en province de Namur. Le soleil accompagne les chevaux attelés trottinant sur une piste cendrée. A l’intérieur du salon lumineux, Arthur, 14 mois, gazouille. Dans la maison des Nonet, pourtant dépourvue de tout chauffage, on mesure 24,6 º. Installés depuis début juillet dans cette antique bergerie profondément rénovée, Emmanuel et Marie-Claude savourent le résultat d’une année de travaux. Partis avec l’idée d’isoler « correctement » la maison et de produire de l’énergie renouvelable avec une éolienne ou du biogaz, les Nonet ont rectifié le tir sur les conseils d’un spécialiste. « Nous avons recentré sur le plus important : avant de produire, il faut faire des économies. » Résultat : une maison superisolée, superétanche, atteignant les standards de la « basse énergie », où même la nuit ou par temps de gel, la température n’est jamais descendue sous les 21º. Mais « pas une maison Thermos », précise Emmanuel Nonet. Ici, on respire.

 

La maisonnette de Lesve est un exemple. Un exemple isolé ? « Les Belges figurent parmi les moins bien classés en Europe pour ce qui est de la consommation d’énergie dans le logement », précise Julien Vandeburie, expert énergie chez Inter Environnement Wallonie. Avec 1,35 million de logements en Wallonie et 478.000 à Bruxelles, et peu de nouvelles constructions (un taux de renouvellement annuel de 1 % au Sud), il y a du travail. « L’état du parc est de mauvais à catastrophique », souligne un expert. En Wallonie, 35 % des habitations ont plus de 60 ans, un toit sur six n’est pas isolé (un sur trois à Bruxelles). Et, ce qui n’arrange rien, les logements les plus anciens sont souvent occupés par les plus démunis, locataires qu’atteignent peu souvent les systèmes d’encouragement aux économies d’énergie. Un défi encore plus grand à Bruxelles où un habitant sur quatre vit sous le seuil de pauvreté, relève Mathieu Sonck, d’Inter Environnement Bruxelles : « Ici, les choses s’améliorent lentement et plutôt pour les classes moyennes supérieures. ».

 

« Les gens s’informent de plus en plus, dit Michel Lequeux, conseiller en éco-construction au bureau Eureca. Le problème c’est que l’info vient souvent des équipementiers. Au final, les conseils sont nombreux et contradictoires. La recherche de solutions est clairement liée au coût de l’énergie. Mais l’an dernier ce fut l’estocade : le public a pris conscience que le temps de l’énergie quasi gratuite est fini. »

Faire mieux, cela doit se faire dans l’ordre. Et moyennant quelques révisions culturelles… « Le Belge préfère avoir un garage ou une piscine qu’une maison bien isolée », sourit un spécialiste. Les habitations wallonnes engloutissent 26 % des combustibles et 27 % de l’électricité. A Bruxelles le logement s’adjuge 41 % de l’énergie. « La majeure partie de la consommation, note un rapport remis au gouvernement wallon par trois bureaux de consultants, est imputable au chauffage des locaux (77 %). Le reste va dans la production d’eau chaude sanitaire (11 %) et l’électricité (12 %) ». Or, dit Vandeburie, « le résidentiel est le secteur où il est le plus facile d’agir ; il ne faut pas changer les comportements des gens, contrairement au transport : les économies rentrent dans la poche des gens et c’est bénéfique pour toute l’économie. » Par où commencer ? « Un euro investi dans l’économie d’énergie est trois à quatre fois plus rentable qu’un euro investi dans de nouveaux équipements », dit Lequeux. Le plus rentable : isoler le toit. Après ? Remplacer la chaudière si elle a plus de 15 ans, avec des vannes thermostatiques et un thermostat d’ambiance muni d’une horloge (10 % d’économies). Rentable, même sans les primes. Pour suivre : le double vitrage. Enfin, isoler le sol et les murs. L’étanchéité du bâtiment ? « Fon-da-men-tal », assène Lequeux.

 

Ce n’était pas la voie initiale de Daniel Gilson, fabricant de matériel orthopédique à Piétrebais qui, « pour des raisons de confort », songeait à un chauffage par le sol avec une pompe à chaleur. « Un audit m’a convaincu de traquer d’abord les déperditions d’énergie. La pompe à chaleur attendra. La maison est déjà isolée, mais cet hiver je m’attaquerai à peaufiner un des pignons et le plafond. Je n’habiterai jamais dans une maison basse énergie mais, avec une bonne isolation du sol et le chauffage que nous avons mis en route le week-end dernier (coût total 10.000 euros, NDLR), c’est déjà génial. »

 

L’audit n’est pas gratuit (700 euros, moins les 300 euros de primes et déductions), et les auditeurs ne sont pas nombreux. Mais on s’y retrouve. Les Nonet ne le regrettent pas qui ont « suivi les conseils de A à Z ». D’autant qu’il ne s’agissait pas seulement d’économiser l’énergie. « Nous avons habité neuf ans dans une maison classique rénovée avec des matériaux traditionnels. Nous souffrions du manque de lumière, du bruit, de la mauvaise aération. Je sentais bien quelque chose de malsain… Nous voulions vivre autrement dans un autre cadre, faire quelque chose de différent, respectueux de l’environnement. Pour se sentir mieux, avec les enfants ». Exit le polyuréthane, aux performances pourtant exceptionnelles. Place à la ouate de cellulose, aux murs intérieurs en briques de terre – « de la terre d’ici », sourit Emmanuel. Triple vitrage passif, ventilation contrôlée (l’air chaud et vicié extrait réchauffe, sans contact, l’air frais entrant), isolation du sol. Coût : 150.000 euros, moins 15.000 à 20.000 euros de primes. Et économie annuelle de 2.000 litres de mazout, soit 1.000 à 2.000 euros.

 

Architecte, Olivier Alexandre ne disposait pas d’autant de moyens. « En changeant la chaudière, d’une vingtaine d’années, nous avons économisé 20 à 25 % sur le gaz. Nous sommes ensuite passés au solaire thermique pour l’eau sanitaire et en appoint au chauffage. Un geste de conviction : ce n’était peut-être pas la priorité. » Le chantier qui débute l’an prochain ira plus loin : vers le passif. Une isolation en profondeur avec des matériaux écologiques. Budget : 100.000 euros dont il faut déduire 40.000 euros de primes. « A terme, nous pourrons nous passer de chauffage. »